Délocalisations, Nouvelle division internationale du travail et Croissance

Introduction

Si l’on en croit les sondages, on s’apprête à voter « Non » en France à la Constitution Européenne car l’opinion publique associerait chômage, délocalisations et Europe passive.

Mais cette attitude n’est ni spécifique à la France ni au temps présent. Les délocalisations étaient au coeur du débat des Présidentielles américaines hier de la campagne référendaire française aujourd’hui. Elles étaient au coeur du débat sur l’Alena quand Ross Perot évoquait le « giant sucking sound » et du débat sur l’OMC en France quand dans le rapport Arthuis on évoquait le risque de perdre 5 millions d’emplois.

En fait, les délocalisations nourrissent des peurs des deux côtés de l’Atlantique, peur des pertes d’emploi, peur des pertes de revenus, peur de perte des activités industrielles et cette peur est contagieuse.

Cette peur est universelle car le voisin proche ou lointain est perçu comme inquiétant : le Polonais pour l’Allemand, l’Ukrainien pour le Polonais et le Chinois pour l’Ukrainien.

Cette peur est nouvelle car elle ne concerne plus les seuls cols bleus comme par le passé, les cols blancs aussi se sentent menacés.

Cette peur est générale car elle concerne les secteurs low tech comme par le passé mais aussi high tech, les activités très qualifiées comme peu qualifiées.

Nombre d’économistes se contentaient jusqu’ici d’évoquer les gains globaux de l’échange même si dans le court terme de bons emplois étaient perdus : les gains des gagnants du libre échange excédaient les pertes des perdants. Gregory Mankiw l’a maladroitement confirmé en affirmant « les bénéfices attendus des délocalisations ne sont pas fondamentalement différents des gains traditionnels à l’échange et à la spécialisation internationale ». Mais récemment Paul Samuelson a fait valoir de manière convaincante que les gains globaux de l’échange pouvaient baisser et dans certaines situations les pays spécialisés dans le high tech ou dont le contenu en emplois qualifiés des échanges était élevé pouvaient être perdants si leurs partenaires low tech innovaient et montaient en gamme.

Une peur croissante nourrie par les délocalisations d’un côté, une relative indifférence au phénomène de théoriciens classiques de l’échange de l’autre, pour réduire ce fossé il faut à la fois traiter sérieusement le problème, en évaluer la portée, ne serait-ce que pour disposer d’arguments plus convaincants. Mais il faut aussi envisager des politiques plus adaptées aux problèmes de spécialisation révélés par cette crise faute de quoi les Etats les plus convaincus des bienfaits de l’échange pourraient céder à la tentation protectionniste.