L’environnement culturel du système scientifique

Les sciences sont inséparables de l’environnement et de l’atmosphère culturels des époques auxquelles elles appartiennent. Par ailleurs, les sciences marquent de manière indélébile les traditions socioculturelles de leurs époques. Il en est de même pour la science en tant que système. Ce que l’on nomme environnement culturel du système scientifique désigne la somme des facteurs de la culture humaine ne faisant pas partie intégrante de l’ensemble des sciences mais ayant une influence sur celui-ci.

La culture, en tant qu’environnement social du système scientifique, influence le développement scientifique en jouant principalement trois rôles : celui de fondement de la culture matérielle, celui de vecteur de l’organisation culturelle et celui de facteur directeur de la culture spirituelle.

La conception des valeurs a toujours été imprégnée de manière manifeste ou non par l’orientation des recherches et les choix et jugements des domaines de recherche des scientifiques des différentes époques ainsi que par les découvertes et applications scientifiques. Par exemple, dans l’antiquité, le fait que science et philosophie faisaient partie d’un même tout était intimement lié avec la conception d’une culture où les philosophes anciens accordaient une grande importance à l’intuition et à la spéculation. La science moderne s’est développée en se séparant de la philosophie, c’est là une adaptation aux valeurs culturelles des penseurs de l’époque moderne1 pour qui « la puissance était dans la connaissance » et qui recherchaient le positivisme et l’utilitarisme. La transmission et le développement accélérés de la science à notre époque sont liés aux valeurs culturelles que les hommes d’aujourd’hui, désireux de démocratie et d’ouverture, ont l’audace d’adopter et de créer.

Par ailleurs, les différences de valeurs culturelles d’un peuple - d’où qu’il soit - influence bien souvent le cours et la nature du développement scientifique. Par exemple, dans l’antiquité, les sages chinois recherchaient « l’unité entre le ciel et l’homme », les valeurs culturelles étaient par conséquent orientées vers une coexistence harmonieuse de l’homme avec la nature. Cela a conduit les hommes à se concentrer sur l’examen des relations humaines et de l’éthique sociale et a ralenti ainsi le développement des sciences dans l’antiquité chinoise. C’est là l’une des raisons principales pour laquelle la science moderne chinoise était en retard par rapport à celle du reste du monde. Ces faits historiques prouvent pleinement que le développement scientifique ne peut avoir lieu sans l’assurance d’une adaptation concomitante de l’environnement culturel et plus particulièrement de l’environnement culturel spirituel dans lequel il prend place. L’environnement culturel favorable au développement des sciences ne se borne pas à édifier les bases d’une période de grandeur scientifique mais il garantit de voir se forger un peuple et une nation puissants et très avancés sur le plan scientifique.