Analyse empirique de la composition des revenus des paysans chinois
Au cours de ces dernières années, les revenus des paysans chinois ont connu certaines évolutions : en termes absolus, ils n’ont cessé de croître mais l’amplitude de cette croissance se réduit continuellement ; l’écart entre les revenus des ménages paysans et des ménages urbains se creuse davantage ; d’importants déséquilibres sont apparus au sein des revenus paysans ; le niveau des revenus et de la consommation des ménages paysans est très faible ; leurs revenus, jadis principalement assurés par l’activité agricole, voient leur source se diversifier.
Les auteurs ont utilisé des statistiques chronologiques pour faire une estimation des différentes sources de revenus des paysans et l’impact des facteurs macroéconomiques et politiques sur ces revenus. Ces sources comprennent les salaires, les revenus du foyer paysan (tirés de l’exploitation agricole et de l’exploitation non-agricole), les revenus de transfert et les revenus de la propriété. Selon leur nature, ces revenus peuvent être divisés en deux catégories : les revenus nets productifs et les revenus nets non-productifs ; la première catégorie peut elle-même être subdivisée en revenus productifs agricoles et revenus productifs non-agricoles. Selon le secteur auquel ils se rattachent, les revenus des paysans peuvent également être classés en deux grandes catégories : les revenus de l’exploitation agricole et les revenus non-agricoles. La période considérée pour cette estimation va de 1978 à 2004. Ces estimations modélisées donnent les résultats suivants :
1. Impact des différentes sources de revenus des paysans sur leurs revenus nets moyens par personne : les revenus nets de l’exploitation familiale, les revenus de la production agricole et les revenus de l’exploitation agricole familiale constituent de longue date l’essentiel des revenus nets moyens des paysans chinois ; toutefois, ces revenus augmentent beaucoup moins vite que le revenu net moyen par paysan auquel ils apportent donc une contribution négative en constante diminution en volume. Les revenus non-productifs, les revenus de transfert et les revenus de la propriété ont toujours représenté une faible proportion du revenu net moyen par paysan : ils n’ont pas d’impact visible sur l’augmentation des revenus des paysans. Les salaires, les revenus de la production nonagricole, les revenus familiaux non-agricoles et les revenus non-agricoles de l’exploitation familiale ne constituent pas l’essentiel du revenu net moyen par paysan mais ils sont les principaux contributeurs de sa croissance. Parmi les revenus de l’exploitation familiale, les revenus nonagricoles augmentent beaucoup plus vite que le revenu net moyen par paysan, tandis que les revenus agricoles croissent bien moins vite que ce revenu net moyen. Cela montre que la réduction de l’importance des revenus de l’exploitation familiale provient de la part agricole des revenus. Parmi les revenus productifs, la croissance des revenus non-agricoles est plus rapide que celle du revenu net moyen par paysan, alors que la croissance des revenus agricoles y est moins rapide que ce revenu net moyen. Cela montre que ce dernier doit essentiellement son augmentation à celle des revenus productifs non-agricoles. Ainsi, les revenus non-agricoles de l’exploitation familiale, les salaires et les revenus productifs non-agricoles sont devenus les principales sources de l’augmentation des revenus des foyers paysans et son principal levier.
2. Impact des facteurs macroéconomiques sur le revenu net moyen par paysan. D’après les estimations, l’augmentation du revenu net moyen par paysan suit celle du PIB par habitant tandis que l’écart des revenus entre les villes et les campagnes se creuse, au détriment des campagnes. Le revenu net moyen par paysan devrait croître régulièrement, en concomitance avec l’industrialisation de l’agriculture, les progrès de l’urbanisation et une plus grande ouverture vers l’extérieur.
Conclusion : les facteurs qui influencent et limitent l’augmentation des revenus des paysans sont entre autres liés aux problèmes structurels de l’économie, aux politiques publiques ainsi qu’aux innovations institutionnelles. Il faut intégrer l’augmentation des revenus des paysans à la réflexion sur la stratégie globale de développement de la Chine, la corréler avec la restructuration industrielle. Il faut tout à la fois promouvoir l’emploi non-agricole et accélérer le développement des bourgs, et ainsi régler le problème de l’augmentation des revenus des paysans par l’industrialisation, le développement des bourgs et de l’économie de marché. Voici des propositions de mesures dans quatre domaines : (1) garantir une croissance stable et continue de l’économie rurale, augmenter les revenus des paysans en rendant l’agriculture plus rentable ; améliorer les mesures en faveur de l’industrie rurale, encourager la montée en gamme de la structure industrielle rurale et de la structure interne de la production agricole ; accélérer la transformation des modes d’exploitation et de production agricoles vers une production de masse, à la fois intensive, étendue et industrielle ; promouvoir le recours à des solutions scientifiques et technologiques dans l’activité agricole, renforcer la mise en oeuvre de la politique du développement de l’agriculture par les sciences et l’éducation. (2) accélérer la reconversion de la main-d’oeuvre rurale et élargir les possibilités d’augmentation du revenu paysan. (3) renforcer la construction d’un système de politiques de soutien aux revenus des paysans. (4) augmenter les revenus des paysans par des mesures innovantes en faveur du monde paysan telles que la réforme du régime foncier, l’unification du système d’enregistrement civil pour les populations urbaines et rurales, la réforme du marché du travail, une réforme de la politique budgétaire et fiscale plus favorable aux paysans, la réforme du système financier rural et la construction d’un système de protection sociale en zone rurale.
