Charte Mondiale du Droit à la Ville
A l’aube du nouveau millénaire, la moitié de la population mondiale réside dans des villes. Selon les prévisions, en l’an 2050 le taux mondial d’urbanisation s’élèvera à 65%. Les villes sont, potentiellement, des territoires disposant d’une grande richesse et de diversité économique, environnementale, politique et culturelle. Le mode de vie urbain influence la manière dont nous établissons des liens avec nos semblables et avec le territoire.
Toutefois, inversement à de telles potentialités, les modèles de développement mis en oeuvre dans la plupart des pays du Tiers Monde se caractérisent par l’établissement de niveaux de concentration de revenus et de pouvoir, ainsi que par des processus migratoires et d’urbanisation accélérés qui contribuent à la dévastation de l’environnement et à la privatisation des biens et de l’espace public, générant de fait, appauvrissement, exclusion et ségrégation sociales et territoriales. Ces processus contribuent à la prolifération de grandes zones urbaines où sévissent la pauvreté , des conditions de vie précaires et la vulnérabilité devant les risques naturels.
Les villes sont loin d’offrir des conditions et des opportunités équivalentes à leurs habitants. La majeure partie de la population urbaine est privée ou limitée - en vertu de ses caractéristiques économiques, sociales, culturelles, ethniques, de genre et en fonction de son âge – dans la satisfaction de leurs besoins les plus élémentaires. De graves consequences résultent de ce processus, à savoir les exclusions massives, la ségregation et la conséquente détérioriation de coexistence sociale. Ce contexte favorise l’éclosion de luttes urbaines représentatives, bien qu’elles ne soient qu’éparpillées et incapables de produire des changements significatifs dans le modèle de développement en vigueur.
Face à cette réalité et à la nécessité de lutter contre ces tendences, des organisations et des mouvements articulés depuis le Forum Social Mondial 2001, ont examiné et assumé le défi de construire un modèle de société et de vie urbaine durable, basé sur les principes de solidarité, liberté, égalité, dignité et justice sociale. Un de ses fondements est le respect des différentes cultures urbaines et l’équilibre entre l’urbain et le rural.
Depuis le Premier Forum Social Mondial, réalisé dans la ville de Porto Alegre, un ensemble de mouvements populaires, d’organisations non gouvernementales, d’associations professionnelles, de forum et de réseaux nationaux et internationaux de la société civile, engagés dans les luttes sociales pour des villes justes, démocratiques, humaines et durables, élaborent une chartre mondiale du droit à la ville qui fait état des engagements et des mesures qui doivent être assumés par la société civile, par les gouvernements locaux et nationaux, parlementaires ainsi que par les organismes internationaux pour que toutes les personnes vivent dignement dans nos villes.
Le droit à la ville met l ’accent sur l’amélioration de la qualité de vie des personnes , de leurs logements et de leurs quartiers, une meilleure qualité de vie de la ville mais aussi de la zone rurale. Le droit à la ville est un mécanisme de protection de la population qui vit dans les villes ou régions souffrant un processus d’urbanisation accéleré. Cela implique la mise en exergue d’une nouvelle forme de promotion, respect, défense et de réalisation des droits civils , politiques, economiques, sociaux, culturels et environnemental garantie par les instruments régionaux et internationaux des droits humains.
Dans la ville et dans la zone zone, la correlation entre ces droits et la nécessaire contrepartie des devoirs est exigeable selon les différentes responsabilités et situations socio- economiques de ses habitants, comme une forme de promouvoir la juste distribution des bénéfices et responsabilités résultantes du processus d’urbanisation ; le respect des fonctions sociales de la ville et de la propriété ; la distribution du revenu urbain ; la démocratisation de l’accès à la terre et aux services publics à tous les citoyens , spécialement ceux qui ont moins de ressources économiques ou qui sont dans une situation plus vulnérable.
Originairement et socialement, la chartre Mondiale du Droit à la ville est avant tout , un instrument tourné vers le renforcement des processus, des revandications et des luttes urbaines. Le droit à la ville doit se constituer en une plateforme capable d’articuler les éfforts de tous ces acteurs – publics, sociaux et privés - intéressés à faire valoir et rendre éffectif ce nouveau droit humain moyennant sa promotion, sa reconnaissance légale, son exécution, sa réglementation et son application.
